Alain Dumas, économiste et formateur, démystifie ce qu’est l’autonomie alimentaire et explique comment pourrait-on l’atteindre au Québec et même en Mauricie.

Et si on visait l’autonomie alimentaire?

La pandémie semble avoir joué un rôle dans l’importance accordée à la provenance des aliments que nous consommons. Les ventes de produits alimentaires québécois ont augmenté de 17 % depuis 2020, soit la hausse la plus forte de tous les secteurs de l’économie. C’est pourquoi la proportion des consommateurs québécois qui achètent fréquemment des aliments locaux n’a cessé d’augmenter au cours des dernières années, passant de 60 % en 2019 à 74 % en 2020 et 72 % en 2021[1].

L’autonomie et la sécurité alimentaire

Prises globalement, les récentes crises (pandémie, changements climatiques et guerre) qui ont perturbé les chaînes d’approvisionnement international ont remis à l’avant-scène l’autonomie alimentaire, qui vise à subvenir aux besoins alimentaires d’une population en lui donnant accès à une nourriture locale diversifiée.

L’autonomie alimentaire est en quelque sorte le prélude à une sécurité alimentaire accrue, car cette dernière prévoit une nourriture suffisante, saine et nutritive, laquelle permet de mener une vie active et en santé. Pour y arriver, il faut non seulement minimiser notre dépendance à l’approvisionnement alimentaire provenant de l’extérieur, mais aussi avoir le contrôle sur nos choix alimentaires.

Qu’en est-il de notre autonomie alimentaire ?  

En considérant l’ensemble des aliments consommés par les Québécois, la moitié proviennent du Québec, le reste provient à parts égales du reste du Canada et d’ailleurs dans le monde. Là où le bât blesse, c’est du côté des produits alimentaires transformés qui représentent 75 % des aliments importés. Ainsi, seulement 25 % des produits consommés au Québec sont transformés localement; 50 % proviennent du reste du Canada et 25 % de l’étranger.

Certains secteurs s’en tirent mieux que d’autres, comme les produits laitiers par exemple. Cependant, même si 60 % des produits laitiers consommés au Québec sont transformés localement, il existe encore un bon potentiel pour augmenter cette proportion. Même chose pour les légumes transformés alors qu’à peine le quart de ceux consommés au Québec sont produits ici. Il reste donc un travail à faire pour augmenter la part des aliments transformés ici. Pensons au recours accru à la conservation, la congélation et la mise en conserve d’aliments issus de la saison estivale.

Il importe de souligner que les derniers accords de libre-échange signés par le Canada ont ouvert davantage la porte aux produits agricoles étrangers, au grand dam des producteurs laitiers du Québec qui ont vu leur part de marché diminuer. Citons l’Accord économique et commercial global (AECG) avec l’Union européenne qui permet aux producteurs européens de vendre 10 000 tonnes de fromage au Canada grâce à des tarifs douaniers très faibles.

Le savoir-faire local, fondement de l’autonomie alimentaire

L’autonomie alimentaire exige un savoir-faire agricole au niveau local. Pour se maintenir et se développer, ce savoir-faire a besoin d’une économie locale dynamique, et donc du soutien actif des consommateurs locaux.

Grâce à l’achat d’aliments locaux, le nombre d’intermédiaires s’en trouve réduit, ce qui permet à l’agriculteur de déterminer lui-même le prix, la méthode de production et l’approvisionnement. En plus d’avoir accès à un système local transparent, vous bénéficiez en retour de produits frais et de haute qualité. Enfin, vous n’avez pas à accumuler des kilomètres ni à vous retrouver avec une montagne de déchets d’emballage et vous soutenez l’économie locale.

Quelques réseaux de producteurs locaux où vous pouvez vous approvisionner

Le Québec regorge de producteurs locaux qui accueillent les consommateurs en quête de découvertes alimentaires. En voici quelques exemples.

Il y a d’abord les 2 035 producteurs maraîchers du Québec que l’on retrouve dans pratiquement toutes les localités du Québec. Notons par ailleurs les marchés publics locaux qui ont connu une véritable explosion depuis une trentaine d’années. On en compte 160 dans toutes les régions du Québec. Enfin, il y a le réseau des fermiers et des fermières de famille, un réseau de producteurs maraîchers et de consommateurs soucieux de leur alimentation, de l’environnement et de l’économie locale, qui a vu le nombre de producteurs passer de 7 en 1996 à plus 150 aujourd’hui, et le nombre de familles abonnées de 250 à 20 000 aujourd’hui.

N’oubliez pas qu’en vous approvisionnant auprès de ces producteurs locaux, vous pourrez ajouter au remplissage de votre panier d’aliments frais de savoureux moments d’échange avec les producteurs locaux.


[1] Annie-Pier Mercier, Mesurer l’achat d’aliments locaux dans une perspective de santé publique, Mémoire de maîtrise, Université Laval, 2022.

Alain Dumas

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